Ciné-ClubCycle Michael MannDu : mercredi 1 avril 2026 • Au : mercredi 3 juin 2026

Pour le troisième et dernier cycle de notre Cinéclub - saison 2025-2026 - La Strada vous propose une mise au point sur Michael Mann à travers 3 projections spéciales, présentées par Rémy Romain.
MERCREDI 01.04.26* | 18h00 : COLLATERAL
MERCREDI 06.05.26* | 18h00 : LE DERNIER DES MOHICANS
MERCREDI 03.06.26* | 18h15 : HEAT
+ Clotûre de saison avec pizzas et verre de l'amitié (une participation sera demandée)
*Séances de Rattrapage : Chaque film sera projeté une seconde fois (sans présentation) le lundi ou mardi après-midi de la semaine suivante.
"On a souvent raconté la naissance de Michael Mann comme une fable américaine à rebours : enfant de la banlieue rude de Chicago, élevé dans ce « terrain vague » où l’espace urbain se mêle déjà à l’idée d’une wilderness reconfigurée, Mann s’accroche à l’école comme on remonte un fleuve pour trouver une source. À l’Université du Wisconsin, où il étudie en 1960, il découvre moins une vocation qu’un horizon : celui d’une voix américaine à inventer et à conquérir esthétiquement. L’influence du philosophe Emerson devient pour lui un guide souterrain. La trame du Dernier des Mohicans en atteste. L’individu est un sujet en marche dans l’immensité d’un monde qu’il doit mesurer par l’expérience et par l’action. C’est aussi là que Mann rencontre le cinéma expressionniste allemand, qui ouvre en lui une brèche stylistique. On retrouve la trace de cette influence dans ses polars modernes. Heat, le film central des années 90, décrit la ville à travers une géométrie froide, un damier nocturne et diurne où les lignes de fuite priment sur toute appartenance. Mann capte l’action dans une précision quasi documentaire -coups de feu réverbérés par l’architecture, silences tendus, temps étiré jusqu’à l’os- pour mieux inscrire ses personnages dans un présent perpétuel, sans ancrage. Cette matrice trouve son accomplissement dans Collateral. Los Angeles y apparaît comme le désert du monde globalisé. L’espace urbain est traversé de flux, criminels, financiers, existentiels.
Le mythe mannien s’est constitué dans les années 70, dans une période de désenchantement politique et moral. C’est à la télévision qu’il fait ses premières armes. Alors que les studios hollywoodiens ne comprennent pas ses projets on lui confie le pilote de la série Starsky et Hutch. C’est là que Mann forge sa figure matricielle : le buddy movie, qui n’est pour lui ni une formule, ni un genre, mais un dispositif d’observation. C’est dans cette dynamique que s’inscrira plus tard la série Miami Vice dont il devient producteur exécutif. Contrairement à la légende, Miami Vice n’est pas une fantaisie clinquante des années 1980, mais un atelier de formes. Sous la surface pastel, Mann installe une grammaire visuelle inédite : la ville comme paysage mental, les corps comme vecteurs d’énergie, le montage comme pulsation interne. Le cinéaste plonge ses spectateurs dans une réalité intérieure inquiétante. La nuit de Collatéral n’est pas un décor mais une matière : captée en numérique, vibrante, presque liquide, elle absorbe les corps et dissout les certitudes, saisissant l’action dans un présent continu, sans hors-champ rassurant. La grandeur de Mann renvoie à l’idéal de l’Amérique : il faut continuer à chercher le monde, même quand celui-ci semble avoir disparu."
Rémy Romain
